Deux mille ans ont dessiné la carte viticole des terroirs de notre beau pays, deux millénaires durant lesquels l’homme n’a eu de cesse de se perfectionner élevant ainsi la culture du vin au rang d’Art.

La piquette des débuts s’est anoblie au fil du temps et de l’amélioration des techniques de culture et de vinification, le vin étant de nos jours classé, contrôlé et médaillé comme un grand. Qui l’eût cru ?
Si certains amateurs sont soupçonnés d’avoir un grain quand s’envolent les enchères, une chose est indéniable : les terroirs contribuent à faire les vins. Véritable critère différenciant, la nature d’un terroir est à l’origine de chaque appellation de grands crus classés.

Intervention de l’homme

Impossible de parler vins et terroirs sans y greffer la main humaine, car leurs histoires sont intrinsèquement liées. De la plantation des ceps à l’embouteillage, le vigneron vit pour et avec sa vigne tout au long de son existence.

Certains diront que la vinification n’est qu’affaire d’observation et de dégustation, du moment que la vendange est saine et le travail en amont bien fait.
Ce serait faire l’impasse sur des siècles de sélection, d’alchimie, d’usages culturaux et de savoir-faire.
Et seul l’homme connaît les nécessités d’une maturité optimale pour maîtriser la fermentation des fruits qui succédera à une récolte méticuleuse.

Étiquette du terroir

Le terroir est une zone naturelle rigoureusement délimitée et répertoriée, avec des spécificités favorisant certaines productions et le développement d’arômes uniques et caractéristiques.

Il donne au vin sa dimension. Il lui fournit une sorte d’empreinte génétique. De par ses propriétés dites organoleptiques, le vin comme le terroir affichera une typicité exceptionnelle, résultant d’une adéquation incontournable : climat, sol, orientation et cépage.
Ces divers facteurs génèrent un résultat propre à chaque parcelle, la vinification contribuant ensuite à créer un vin unique.

Climat

Il joue un rôle essentiel quant à la quantité, la maturité et donc la qualité du raisin. Un vin typé proviendra d’un raisin parvenu à maturité parfaite.

Exposé au climat continental frais qu’il affectionne, un vin blanc sera généralement léger et plus acide (en Alsace ou en Champagne)

Le rouge a besoin de chaleur pour mûrir, au risque de voir le taux d’alcoolisation l’emporter sur les arômes.
Le climat méditerranéen (Languedoc-Roussillon) favorise une grosse production pas toujours synonyme de qualité. Un rendement plus faible y est désormais pratiqué pour des vins plus représentatifs de ce terroir (Pic Saint-Loup).

À climat similaire, les vins d’un même terroir se diversifient selon les dissemblances météorologiques locales.  Ainsi dans la vallée du Rhône, le mistral descendant et le vent humide montant de la Méditerranée créent la différence entre un Hermitage d’en haut et un Châteauneuf-du-Pape d’en bas.

Un climat sec produira un vin tannique et aromatique, tels les Bordeaux rouges qui ont besoin de vieillir avant d’être consommés. Mais sur la rive droite plus humide de la Garonne, le vin sera plus rond et abordable plus jeune.

Tempéré et humide, le climat océanique du sud-ouest favorise de grands crus comme les Bergerac, Cahors, Gaillac, etc. Et l’ensoleillement idéal de l’automne y profite au Madiran.

Géologie et exposition

L’acidité du sol de l’arène granitique de la vallée du Rhône sourit aux grands rouges tels le Gigondas, le Saint-Joseph, le Côte-Rôtie et aux blancs (Condrieu, Château-Grillet).

En Bourgogne, le Pinot noir planté sur des éboulis calcaires mûrit idéalement même s’il est moins riche en sucre et a un rendement plus faible que celui de la plaine en contrebas, où la terre est plus grasse.

Les grands vins de Bordeaux profitent des graves fluviatiles profonds (Saint-Estèphe, Margaux, etc.). Mais dès la Dordogne prédomine un sol argilo-calcaire (Pomerol, Côtes de France, etc.). Les caves du plateau Saint-Émilion sont d’ailleurs taillées dans le roc calcaire. Idem pour la Champagne.

La prodigalité des terroirs résulte aussi des sols. La géologie particulière du Languedoc-Roussillon présente une variété illimitée de sols diversifiés (schiste, argile, calcaire, etc.) pour une large palette de vins disparate.

On choisira d’exposer au nord les vins légers moins alcoolisés destinés à se boire frais. Leur acidité dégagera des arômes primaires. Et afin que la vigne s’épanouisse dans les régions au climat continental, elle sera plantée sur des coteaux tournés vers l’est.

Les vignobles du sud-ouest s’étendent sur des terrains sédimentaires et des alluvions anciennes. Ils donnent une diversité de vins aussi grande que leur réputation : Bergerac, Monbazillac, Cahors, Gaillac, Jurançon, etc.

Cépages

Qui dit terroirs dit cépages, adaptés au sol et au climat, avec une sélection rigoureuse opérée au fil des ans. Les plus grands cépages sont exploités aux quatres coins du monde avec des résultats variables selon les terroirs et méthodes de vinification respectives. Cette mondialisation des cépages ancestraux a d’ailleurs permis de sauver l’activité viticole du Bordelais suite à la crise du Phyloxera (puceron venu d’Amérique du Nord) qui décima la plus grande partie des cultures à la fin du 19è siècle.

La Syrah domine avec le Grenache en vallée du Rhône (vin corsé, tonique, mais fin) et dans le Languedoc (vin plus lourd et charpenté).

Le Chardonnay (rouge) et le Pinot noir (blanc) sont les cépages typiques de la Bourgogne (vins avec une certaine acidité, tanniques et aromatiques).
On les retrouve aussi en Champagne.

Les Cabernets Sauvignon et Franc s’associent au Merlot dans le Bordelais.

Le sud-ouest compte plus d’une centaine de cépages personnalisant sa production. Un assemblage de Tannat, de Malbec et de Cabernets fait essentiellement des rouges puissants et structurés.